Les Caraïbes noirs ou Garifunas.




On sait que progressivement la colonisation des Antilles entraîna le repliement des Caraïbes, contraints d'abandonner les îles pricipales, pour se réfugier sur les petites îles, notament Saint-Vincent et Sainte-Lucie.

En 1635, deux vaisseaux espagnols transportant des Nègres font naufrages près de Saint-Vincent. Les noirs en profitent pour massacrer l'équipage et s'échapper. En 1672, c'est un négrier Anglais qui, dans de semblables conditions, déverse sa cargaison de bois d'ébène.

Tous ces Noirs seront réduits en "esclavage" par les Amérindiens, mais selon les modalités qui, n'interdisant pas les rapports sexuels, entraînent un métissage entre les deux races. Ainsi, de l'union entre africains et Garifunas (Caraïbe issus de la rencontre des Caraïbes proprement dits et des Arawaks) naissent ceux qu'on appelera les Caraïbes noirs.

Durant tout le XVIIème siècle, cette population originales s'enrichit des Nègres fugitifs qui, fuyant les Antilles françaises et britaniques, trouvent à Saint-Vincent un refuge provisoire.

Toutefois, après la destruction de la flotte française par les Anglais, en 1789, la fragile équilibre qui résultait des luttes franco-anglaises et avait permis aux Garifunas de jouir d'une relative tranquilité à Saint-Vincent est rompu.

Les Anglais entreprennent, en infraction avec les traités antérieurs, de coloniser l'île et d'en chasser les amérindiens. Malgré une résistance de quatre années, conduite par le cacique Satuye, quelque 50 000 Caraïbes noirs sont déportés vers la baie du Honduras.

Leurs descendants occupent actuellement une longue et étroite bande de l'Amérique centrale, depuis la péninsule du Yucatan jusqu'à la vallée de Mosquitia.

Mais les Caraïbes noirs proprement dits, les moins métissés des purs indiens du continent, habitent surtout l'ex-Honduras britanique (Bélize) et le Honduras proporement dit.

Descendants des Efiks, des Ibos, des Yorubas, des Fons, des Fanti-Ashantis et des Congos, physiquement très proche des Africains (ce qui explique la ségrégation dont ils ont été victime au Honduras), ils parlent une langue qui est en fait héritée des Caraïbes. Sur la côte américaine, les Garifunas ont reconstitué une société semblable à celles qu'ils avaient connue à Saint-Vincent, avec des structures essentiellement communautaires.

Les travaux agricoles et les activités d'intérêt commun sont aujourd'hui encore réalisés par l'ensemble de la population. Même si la chefferie n'est évidemment pas reconnue par le gouvernement hondurien et si les villages garifunas dépendent de municipalités voisines qui détiennent le pouvoir administratif officiel, le chef coutumier et le conseil de village (les quatorze membres constituant le "patronato") n'en conservent pas moins un rôle essentiel.

La culture Garifuna est un excellent exemple de syncrétisme. Y domine l'élément amérindien, l'éducation des enfants étant entre les mains des femmes, lesquels étaient à l'origine en majorité Caraïbes. On notera comme traits principaux de cet héritage amérindien, par exemple, la couvade (pratique des Amérindiens de Guyane imposant au père, pendant la période de naissance d'un enfant, une série d'interdits sexuels, alimentaires, etc...), même si cette dernière est modifiée et ne connaît plus ni l'obligation de garder le lit (le hamac), ni l'obligation des mortifications (scarifications, etc...).

Tout celà est mêlé à quelques apports africains et européens (chrétiens) dans un synchrétisme qualifié de "fusion culturelle", tant il est difficile d'en "discerner les éléments constitutifs".

Leurs caractèristiques raciales (on les nommes au Honduras les Caraïbes rouges) et leurs particularités culturelles, différentes de celles des Amérindiens du continent, les ont exposés jusqu'à nos jours à une évidente ségrégation. Jusqu'à une période très récente, ils n'avaient pas le droit de franchir la limite du plateau et devaient, au Honduras, rester sur la côte où les hasards de l'histoire les avaient fait échouer. Ils ne font l'objet de quelque attention (notamment pour leur scolarisation, qu'ils perçoivent de nos jours comme un danger dans la mesure où elle menace leur langue) que depuis peu d'années et ils demeurent aujourd'hui encore victimes de quelques mépris.

Objet de curiosité touristiques, ils vivent des produits de la pêche et de leurs activités artisanales, notamment à partir des coraux et des fibres de palmiers. Les jeunes sont de plus en plus tentés de partir chercher fortune aux Etats-Unis. Plus d'un millier ont déjà gagné clandestinement ce nouvel et mythique Eldorado, victimes d'un mirage d'autant plus regrettable qu'il affecte un peuple fier depuis toujours de n'avoir jamais été esclave ("JAMAS FUIMOS ESCLAVOS") et dont la capacité à conserver sa liberté et sa dignité s'est illustrée à maintes reprises, notamment vers 1830 avec Ualumugu qui, réputé imperméable aux balles, combat aux côtés de Morazan, et vers 1925-1940 quand les Garifunas s'opposent au pouvoir central, ce qui entraîne certaines déportations vers Bélize et le Guatemala.

Les Garifunas sont actuellement environ 20 000, répartis sur quatre départements de la côte hondurienne (Cortès, Atlantide, Colon, Gracias a Dios), et sur trente-six-communes. Seuls quelques villages restent isolés, accessibles seulement en bateau ou à pied, à 8km environ de Limon.





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